Aller au contenu
Accueil > Construire une histoire > Personnages > Comment écrire un roman choral ?

Comment écrire un roman choral ?

    Pourquoi se contenter d’un seul protagoniste quand on pourrait en avoir plusieurs ?

    Parfois, on crée de grands ensembles de personnages, et on les aime tous tellement qu’on a du mal à discerner un unique héros qui devrait porter toute l’histoire sur ses épaules. Dans cette situation, on peut effectivement être tenté d’écrire un roman choral, avec plusieurs personnages principaux.

    C’est un mode de narration qu’on retrouve beaucoup dans les séries, ce qui nous influence en tant qu’auteurs. Mais attention : un roman ne fonctionne pas comme une série télé !

    Voici quelques conseils pour bien s’y prendre.


    Comment écrire un roman choral

    Définition : un roman choral, c’est quoi ?

    On parle de roman choral quand plusieurs personnages centraux (au moins trois ou quatre) contribuent tous de façon importante à l’intrigue et apportent leur propre point de vue. L’histoire n’a alors pas de protagoniste clairement identifié.

    Tous les personnages n’ont pas forcément besoin d’être aussi importants les uns que les autres, certains peuvent se démarquer et d’autres être plus mineurs, mais ils doivent tous apporter quelque chose d’unique et d’essentiel à l’intrigue.

    Il peut y avoir toutes sortes de romans choraux, avec des castings plus ou moins étendus.

    Plus il y a de personnages, plus on va avoir besoin de temps et de place pour les présenter, apprendre à les connaître s’attacher à eux, suivre leurs aventures et leur évolution. Pour cette raison, l’aspect choral convient mieux aux romans longs ou aux sagas.

    Un exemple classique est la saga du Trône de Fer de George R.R. Martin, où les Stark, les Lannister et les Targaryen se disputent la vedette.

    Le Seigneur des Anneaux est aussi un bon exemple, même si les personnages principaux n’ont pas de chapitres dédiés à leur point de vue.

    Les différents types de groupes

    Les protagonistes multiples peuvent interagir de différentes façons :

    • La bande de copains : un groupe d’amis ou d’alliés s’engagent dans la même mission. Ils vivent la même aventure, chacun avec son point de vue. Exemple : Le Club des cinq, Les Gardiens de la Galaxie ou Six of Crows de Leigh Bardugo.
    • La réunion de héros : après avoir vécu des aventures chacun de leur côté, plusieurs héros se rejoignent pour résoudre un plus gros conflit. Exemple : Le Seigneur des Anneaux, The Stormlight Archive de Brandon Sanderson.
    • Les personnages éparpillés : des personnages liés entre eux (par une famille, un thème ou un objectif) vivent des aventures différentes dans des endroits différents, sans forcément se croiser. C’est par exemple le cas des sagas familiales. Exemple : Le Trône de Fer. On retrouve aussi cette dynamique dans les romans de Ken Follett.
    • Les groupes opposés : plusieurs groupes de personnages s’affrontent, chacun focalisé autour d’un personnage central. Exemple : Avatar: Le dernier Maître de l’Air.

    Des séries comme Friends, Grey’s Anatomy ou How I Met your Mother présentent un mélange entre “la bande de copains” et “les personnages éparpillés” : selon les épisodes, les personnages peuvent avoir des aventures distinctes ou communes.

    Avantages et inconvénients d’écrire un roman choral

    Les bons côtés

    Voici quelques raisons de se lancer dans un roman choral :

    • Explorer le vaste monde : avoir plus de personnages permet d’explorer plus de lieux dans l’histoire et d’apporter la perspective unique de chaque protagoniste. C’est notamment une raison de la popularité des romans choraux dans les littératures de l’imaginaire. Attention cela dit : ça ne doit pas être la SEULE raison d’être du roman choral : les personnages doivent contribuer à l’intrigue, pas juste être guides touristiques
    • Approfondir le thème : donner le point de vue de plusieurs personnages permet d’explorer le thème de l’histoire sous plusieurs angles et d’apporter des arguments variés au débat moral qui est au cœur de l’histoire
    • Faire avancer l’intrigue : tout le monde n’est pas Jack Bauer et parfois, certains personnages ont besoin de prendre une pause, de faire un long voyage, bref, de vivre des moments où il ne se passe pas grand-chose. Le fait de passer à un autre narrateur dans ces moments-là permet de garder une histoire bien rythmée

    Les aspects risqués

    Malgré tous ces éléments positifs, se lancer dans un roman choral est un choix qui doit être mûrement réfléchi. C’est déjà difficile de bien construire un protagoniste, alors plusieurs… !

    Voilà quelques dangers à avoir en tête :

    • Une histoire qui part dans tous les sens : encore une fois, Le Trône de Fer peut servir d’exemple ici, avec trop d’histoires différentes qui se chevauchent dans le dernier tome et des personnages qui ont du mal à se regrouper après avoir fait les foufous aux quatre coins du monde
    • Des personnages inconsistants : certains auteurs se réfugient dans le choix d’un roman choral simplement parce qu’ils n’arrivent pas à choisir un héros, alors que les personnages ne sont pas vraiment distincts les uns des autres et n’ont pas tous un arc dramatique propre, avec un début, un milieu et une fin
    • De la confusion : plus il y a de fils narratifs, de lieux, de personnages importants et de noms à retenir, plus on demande d’efforts aux lecteurs. Trop d’histoires différentes peuvent générer de la confusion et de la frustration

    5 étapes pour bien écrire un roman choral

    1 : Définir les bases de l’intrigue

    Comme pour n’importe quelle histoire, on peut commencer par déterminer quel va être le conflit principal, celui autour duquel toute l’intrigue va tourner. Par exemple la lutte pour le pouvoir, ou contre une invasion d’aliens, ou pour trouver le grand amour.

    Bref, il s’agit de déterminer LA question dont les lecteurs vont attendre la réponse jusqu’aux dernières pages.

    Je recommande aussi (même si ce n’est pas une obligation, chacun fait ce qu’il veut) de déterminer les principaux points de retournement dans l’histoire : l’élément perturbateur qui ouvre le conflit central, les révélations dramatiques qui changent tout, les grandes batailles déterminantes, etc.

    → Quelques conseils utiles à retrouver ici.

    2. Développer les personnages principaux

    Dans un roman choral, cette étape est évidemment cruciale.

    Il faut aider les lecteurs à aimer tous ces personnages !

    L’enjeu est de faire en sorte que chacun soit important, unique, intéressant et distinct des autres. Pour ça, on va aller explorer leur objectif et leurs motivations respectives, mais aussi déterminer leur physique, leur façon de parler, leurs problèmes…

    Sans aller jusqu’à faire des dizaines de fiches exhaustives pour déterminer le plat préféré et les souvenirs d’enfance de TOUS les personnages de l’histoire, c’est important de mettre certains éléments au clair pour ceux qui vont être au centre de l’intrigue :

    • Quel est leur nom ?
    • Quelle est leur situation au début de l’histoire ?
    • Quelles sont les principales caractéristiques qui les rendent distincts les uns des autres, leur personnalité, leurs traits physiques ?
    • Quels sont leurs objectifs dans l’histoire ? Qu’est-ce que chacun d’entre eux veut spécifiquement obtenir, pourquoi est-ce qu’ils se battent ?
    • Quels sont leurs enjeux, qu’est-ce qu’ils risquent de perdre ?
    • Quelles sont leurs relations entre eux ? Est-ce qu’ils se connaissent, s’apprécient, se détestent ?
    • Quel est leur arc narratif, leur évolution au cours du récit ?

    Chaque personnage doit avoir du poids et jouer un rôle dans l’histoire. L’histoire ne doit plus pouvoir fonctionner si on enlève un des personnages principaux.

    À ce stade, ça peut être intéressant d’identifier s’il y a un “protagoniste principal”, un leader du groupe. Ça va être le protagoniste qui est un peu plus important que les autres, celui auquel tous les autres sont liés, ou celui qui a l’évolution la plus intéressante (ex : Tony Stark, Frodon, Aang, Ted Mosby, ou encore Jo dans Les Quatre Filles du Docteur March…).

    Si aucun ne se démarque, c’est pas grave, ce type de personnage n’est pas indispensable dans un roman choral.

    3. Identifier ce qui les rassemble

    Maintenant, on peut déterminer quel élément va donner de la cohérence à tout ce sympathique petit groupe.

    Ça peut être par exemple :

    • Un thème commun (comme la difficulté à trouver l’amour dans le film Love Actually)
    • Une mission commune, comme une enquête à résoudre
    • Un objectif qu’ils se disputent, comme le pouvoir
    • Un événement qui les a tous affectés, comme les attentats du 13 novembre 2015 dans la série En thérapie – ou, toujours dans la même série :
    • Un personnage qui les relie (en l’occurrence, leur psy)

    4. Évaluer leur intérêt

    On arrive à l’étape difficile !

    Parfois, on s’attache à des personnages… alors qu’en fait, ils ne servent à rien dans l’histoire (j’en parlais dans cette vidéo, RIP Vieux-Jimm).

    Quand on envisage un roman choral, c’est encore plus indispensable de veiller à ce que chacun des personnages principaux ait une vraie valeur. Ils ne doivent pas être interchangeables.

    Et si on se rend compte que ce n’est pas le cas et qu’il vaut mieux en supprimer un, mieux vaut le faire à l’étape où on prépare son roman plutôt que de devoir tout réécrire.

    Voilà quelques questions à poser aux personnages pour vérifier qu’ils sont là pour une bonne raison (pas juste “j’ai vu de la lumière et je suis venu”) :

    • As-tu un lien fort avec le conflit central de l’histoire ?
    • Es-tu indispensable à sa résolution ?
    • As-tu un lien avec le thème de l’histoire ?
    • Ton point de vue apporte-t-il quelque chose de spécifique, une perspective unique ?
    • Y a-t-il des tensions ou des conflits entre les autres personnages et toi ?

    Pour y voir plus clair, on peut faire un classement des personnages par ordre d’importance.

    Les critères peuvent être : combien de temps chacun est présent dans l’histoire, à quel point son rôle dans l’intrigue est important, ou encore à quel point le personnage est attachant.

    Cette hiérarchisation sera utile pour choisir les points de vue à adopter dans la narration, dont je reparlerai dans la suite de cet article.

    5. Préparer leur entrée en scène

    Encore une fois, la première impression que les personnages vont faire aux lecteurs est spécialement importante dans un roman choral.

    Plus il y a de personnages et de noms à retenir, plus on demande d’attention aux lecteurs, et plus il faut les ménager.

    C’est donc indispensable de soigner la première scène de chacun des personnages principaux, en mettant en avant leurs caractéristiques distinctives et leur lien avec le conflit central.

    Cette entrée en scène doit être mémorable et donner envie d’en savoir plus sur chacun des personnages

    Autre point important : ne pas présenter tous les personnages à la fois !

    C’est la meilleure façon de perdre les lecteurs. Mieux vaut accorder à chacun sa petite heure de gloire avant de passer au suivant.

    Les scènes où les différents personnages vont se rencontrer vont aussi être de très bonnes occasions de les mettre en scène de façon intéressante et de montrer leurs différences.


    Roman choral et narration

    (Avec mon obsession pour la narration, on se doutait bien que j’allais y venir 😁.)

    Quand on a plusieurs personnages principaux, on a le choix entre plusieurs types de narration :

    • La plus fréquente : plusieurs points de vue internes à la troisième personne, donc plusieurs narrateurs
    • Plus rare (je ne pense l’avoir vu que dans La Horde du Contrevent) : plusieurs points de vue internes à la première personne
    • Ou encore un point de vue omniscient

    Je précise que le fait d’avoir plusieurs personnages de points de vue dans la narration n’est pas systématiquement synonyme d’un roman choral :

    • On peut avoir une narration où le point de vue du personnage principal occupe l’essentiel de la place, et où ceux des personnages secondaires sont beaucoup plus réduits (comme dans mon roman Les Pérégrinations de Lady Vïnchka)
    • On peut aussi avoir un roman choral où chaque personnage n’a pas son propre point de vue, comme dans Le Seigneur des Anneaux où la narration suit des groupes de personnages (réunis dans La Communauté de l’Anneau, séparés ensuite)

    Quels narrateurs choisir ?

    Il y a quelques principes de bases à avoir en tête.

    • Plus on multiplie les narrateurs, plus c’est difficile à gérer.

    Ça rend plus difficile pour les lecteurs de s’attacher à chacun des personnages, tout simplement parce qu’ils passent moins de temps avec eux.

    • Comment choisir le narrateur de chaque scène ?

    Je recommande de privilégier le narrateur qui soit va apprendre quelque chose de nouveau, soit a le plus à gagner ou à perdre dans la scène.

    Ces critères permettent de garantir que l’impact émotionnel sera plus fort.

    • On me demande souvent si c’est pertinent de compter l’antagoniste parmi les narrateurs (avec le risque de spoiler l’intrigue en révélant ses plans machiavéliques).

    Ce n’est ni bien ni mal en soi, tout dépend de comment c’est fait, mais c’est tout de même un exercice risqué.

    Je pense que ça peut être intéressant, pour augmenter la tension de l’histoire, de révéler par exemple que l’antagoniste connaît les plans de ses ennemis contre lui, mais sans forcément aller jusqu’à donner tous les détails de la contre-attaque qu’il prévoit.

    Cette façon de faire augmente le suspense grâce à l’ironie dramatique que ça crée. Les lecteurs savent que les héros sont en danger, mais ils ignorent encore comment le conflit va se résoudre.

    L’erreur de narration à éviter

    Pour moi, l’erreur principale à éviter est ce que les Anglo-saxons appellent le “head hopping”, c’est-à-dire le fait de sauter d’un point de vue à l’autre, de passer sans transition du point de vue d’un personnage à un autre au milieu d’un passage.

    En tant que lectrice, je déteste ça, ça me sort tout de suite de ma lecture ⛔.

    Le plus simple pour ne pas s’emmêler les pinceaux, c’est de se limiter au point de vue d’un personnage par chapitre, ou au moins par scène.

    Je recommande aussi d’être aussi clair que possible sur le personnage qui devient le nouveau narrateur, par exemple :

    • En donnant son nom au début du chapitre
    • En le nommant dès la première phrase du chapitre
    • En utilisant un signe graphique distinct pour représenter chaque narrateur, comme dans La Horde du Contrevent d’Alain Damasio

    (Ces trois options pouvant tout à fait être cumulées.)


    L’écriture d’un roman choral n’est pas simple, mais ça peut devenir un exercice passionnant si on parvient à créer des personnages plus attachants les uns que les autres !

    Personnellement, même si j’aime beaucoup lire ce type d’histoires, je n’ai encore jamais tenté d’en écrire. Peut-être un prochain défi ?

    Si tu as déjà fait l’expérience d’écrire un roman choral et que tu veux ajouter quelque chose à cet article, tes commentaires sont les bienvenus !

    ➤ Et si tu veux plus de conseils sur la narration, la construction d’intrigue et la création de personnages, rejoins la liste d’attente de mon programme de formation La Légende.


    Ressources (en anglais) :

    Laisser un commentaire

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.