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Qu’est-ce qu’un arc narratif de personnage ?

À quoi sert un arc narratif de personnage et comment peut-il rendre votre roman plus puissant ? J’ai mis longtemps à comprendre ce que recouvrait ce concept d’arc narratif (aussi appelé arc dramatique ou arc scénaristique) et quand j’en parle aux auteurs que j’accompagne, c’est un sujet qui soulève beaucoup de questions. L’arc narratif, c’est ce qui se cache sous la surface de votre intrigue, la façon dont votre personnage va se transformer, en bien ou en mal, au cours de l’histoire. Je vous propose de voir sur quoi repose un arc narratif, quels en sont les grands types, et ce que ça peut apporter à votre roman.

Qu'est-ce qu'un arc narratif de personnage ?

Les sources de l’arc narratif : Désir, besoin, mensonge et spectre

Désir vs Besoin : objectif externe et interne du personnage

À la base d’une histoire, il y a un protagoniste qui désire atteindre un objectif et qui rencontre des obstacles pour l’atteindre.

Mais ce désir, cet objectif, est-il toujours sain pour le personnage ? Pas vraiment.

Le protagoniste est comme quelqu’un qui a faim et qui préfère se réchauffer un plat industriel plutôt que de prendre le temps de se mitonner un repas équilibré.

Il peut avoir de très bonnes raisons pour ça. Le manque de temps ou d’énergie, l’envie de se réconforter, ou même l’ignorance de la mauvaise composition de ce qu’il mange.

Ce dont ce personnage ne se rend pas compte, c’est qu’il a des faiblesses, des défauts, qui l’entravent au quotidien, voire lui gâchent la vie ou empoisonnent sa relation aux autres. Et au lieu de poursuivre ce qu’il Désire, il ferait mieux de s’intéresser à ce dont il a Besoin. Ce Besoin, c’est ce qu’il doit accomplir pour s’améliorer lui-même et embellir son existence.

Là où le Désir correspond à l’objectif externe du protagoniste, à la quête autour de laquelle tourne l’histoire, son Besoin est son objectif interne. L’arc narratif va représenter l’évolution du personnage, la façon dont il va prendre conscience de son Besoin et le réaliser (ou non). Au cours du récit, le personnage sera donc amené à se transformer, à apprendre une leçon, à changer de statut ou de croyances.

Lire aussi : Définir les besoins de ses personnages avec la pyramide de Maslow

Le Mensonge du personnage

Ce qui complique l’arc narratif, c’est que le protagoniste, comme à peu près tous les êtres humains, n’a pas vraiment envie de changer. Si la quête l’y pousse, il va y résister, ce qui créera du conflit, jusqu’à ce qu’il se rende compte soit qu’il Désire la mauvaise chose, soit que ses méthodes pour l’atteindre ne sont pas les bonnes.

Au début de l’histoire, le personnage se raconte un Mensonge. Que sa vie soit pénible ou bien idyllique en apparence, il ignore la faille profonde qui est en lui et qui lui donne une idée fausse de lui-même ou du monde.

En voici quelques exemples :

  • Dans le film Thor, de Kenneth Branagh, le héros croit que sa force exceptionnelle lui donne tous les droits
  • Dans Orgueil et Préjugés, de Jane Austen, Elizabeth Bennett se croit assez maligne pour juger les gens d’après une première impression
  • Dans La Voie des Rois, de Brandon Sanderson, Kaladin est convaincu que toutes les personnes qu’il essaie de sauver meurent à cause de lui, et qu’il ferait mieux d’arrêter de se soucier des autres
  • Dans les romances, le héros ou l’héroïne se croient souvent indignes d’être aimés

C’est à cause du Mensonge que le personnage va poursuivre ce qu’il Désire en ignorant ce dont il a Besoin. Et l’enjeu de l’histoire va être qu’il prenne conscience de ce Mensonge et accepte la Vérité.

Le Spectre du passé

Si le personnage croit aussi fermement en ce Mensonge, c’est souvent à cause d’un Spectre.

(Non, pas le fantôme qu’il croyait voir sous son lit quand il était petit – quoique.)

Le Spectre, c’est une blessure, un événement plus ou moins traumatique qui est arrivé dans le passé du personnage et l’a convaincu du Mensonge. Le Spectre constitue une cicatrice émotionnelle qui s’est mal refermée, un fardeau que le personnage porte au quotidien et qui impacte sa personnalité et son attitude. Le Spectre va être soit une motivation pour agir (souvent de mauvaise façon), soit un frein.

En général, les Spectres se répartissent en trois catégories :

  • La culpabilité : le personnage se reproche un échec ou une lâcheté, il en ressent de la honte et du remords (à tort ou à raison)
  • Le chagrin : le personnage est hanté par une perte, une rupture ou un deuil
  • L’injustice : le personnage a subi un tort (ou croit l’avoir subi) et en éprouve du ressentiment, voire une envie de vengeance

Vous pouvez aussi cumuler ces différents types de Spectres, si vous voulez être vraiment sympa avec votre héros.


Les trois grands types d’arcs narratifs

L’évolution du personnage peut se traduire de trois façons principales.

L’arc narratif positif

C’est l’arc le plus populaire dans la fiction.

Le personnage commence dans un état d’insatisfaction ou de déni. Petit à petit, il est contraint de remettre en question ce qu’il croyait sur lui-même ou sur le monde qui l’entoure. Au final, il cesse de croire en son Mensonge, gagne en maturité, apprend de ses erreurs et devient une meilleure personne, ou plutôt une meilleure version de lui-même.

Cet arc peut correspondre à un simple apprentissage (un passage à l’âge adulte, par exemple) ou à une rédemption.

L’arc narratif neutre

Dans cet arc, le personnage est déjà une sorte de héros au départ, il n’a pas particulièrement besoin de grandir ni d’évoluer.

En revanche, l’histoire va le faire douter, le soumettre à des tentations ou remettre en cause ses convictions. Son enjeu va être de tenir bon tout au long du récit et de s’accrocher à ce en quoi il croit. Un personnage avec un arc narratif neutre va aussi chercher à avoir une bonne influence sur ceux qui l’entourent et les aider à progresser dans leur propre arc positif.

Captain America ou le Docteur Watson sont de bons exemples de ce type de personnage.

L’arc narratif négatif

De façon assez logique, c’est l’inverse de l’arc positif et les choses se terminent mal pour le personnage.

Typiquement, dans Star Wars, Anakin Skywalker a un arc négatif dans la prélogie, puis un arc positif dans les épisodes IV à VI.

Cet arc est celui qui offre le plus de variations, avec principalement :

  • La désillusion : il dépasse son Mensonge, mais la Vérité qu’il découvre est tragique et le détruit émotionnellement ou moralement (exemple : Sansa Stark dans Le Trône de Fer, de G.R.R. Martin)
  • La chute : le personnage s’accroche désespérément à son Mensonge et ignore la Vérité, ce qui conduit à une tragédie (exemple : Ned Stark)
  • La corruption : le personnage prend conscience de la Vérité, mais refuse les sacrifices qu’elle implique et préfère le Mensonge (exemple : Cersei Lannister)

Comme on a pu le voir avec les réactions face à la dernière saison de Game of Thrones, il est essentiel qu’un arc négatif soit amené progressivement au cours du récit et justifié par des raisons qui sont claires pour le lecteur.

On pourrait penser qu’il est intéressant de choquer les lecteurs avec un revirement tragique de dernière minute. Mais en fait, il est beaucoup plus tragique et émouvant d’assister à une chute inexorable et de ne rien pouvoir faire pour l’empêcher.


À quoi sert un arc narratif ?

J’espère vous avoir fait comprendre la richesse et la complexité qu’un arc narratif bien géré pouvait apporter à vos personnages.

Pour compléter, voici trois façons dont les arcs narratifs de personnage peuvent contribuer à rendre votre roman puissant et captivant :

  • Soutenir la structure de l’intrigue externe : les trois actes d’une histoire correspondent aux étapes de l’évolution du personnage. Intrigue et personnage évoluent de concert. D’une part, les obstacles externes obligent le personnage à se remettre en question et à se transformer. D’autre part, les réactions du personnages (liées à son arc narratif) font progresser l’intrigue
  • Construire le thème : le thème d’une histoire correspond à une question, un débat moral sur lequel le récit va proposer plusieurs points de vue. L’évolution du personnage va révéler le Mensonge qu’il se racontait sur ce thème et la Vérité qui s’y oppose.
  • Créer des émotions : construire des personnages complexes aide à faire résonner votre histoire chez le lecteur, au lieu de simplement le divertir par une série de péripéties. En découvrant leur passé, en éprouvant de l’empathie pour leurs souffrances et leurs luttes, le lecteur va pouvoir s’attacher aux personnages. Enfin, la rédemption ou la chute de votre héros lui laissera un souvenir impérissable.

J’espère que vous y voyez maintenant plus clair sur les arcs narratifs ! Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à les poser en commentaire. J’aurai l’occasion de continuer à explorer le sujet dans d’autres articles à venir.

Pour aller plus loin, vous pouvez découvrir la très bonne série d’articles de l’autrice K.M. Weiland (en anglais).

>> Vous souhaitez approfondir le sujet de la construction d’un récit mêlant intrigue externe et arc narratif interne ? Alors plongez-vous dans mon guide « Adieu, syndrome du milieu ! ».

5 commentaires sur “Qu’est-ce qu’un arc narratif de personnage ?”

  1. Merci, c’est très clair ! J’en profite pour signaler que ta précédente vidéo YouTube était bien aussi.
    bonne journée.

  2. Retour de ping : Outil d'écriture : Construire ses fiches de personnages sur Excel - L'Astre et la Plume

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