Des difficultés d’écrire un roman en deux tomes

Faut-il écrire un roman en deux tomes, voire plus ? 

La question peut paraître saugrenue quand on connaît ma passion pour tout un tas de sagas : Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux, L’Assassin Royal, Le Trône de Fer, Fortune de France, La Passe-Miroir… Pourtant, dans le monde de l’édition et des conseils d’écriture, on voit souvent des avertissements déconseillant de se lancer dans l’écriture de saga. Au moins quand on est un auteur débutant.

Si mon premier roman Le Page de l’Aurore se limite bien à un seul opus, j’ai cependant choisi de faire de mon deuxième projet Météorites un roman en deux tomes (soit une dilogie, même si beaucoup parlent de duologie ou de diptyque). Et je dois reconnaître que je m’en mords un peu les doigts.

Loin de moi l’idée de vous dissuader de vous lancer dans la trilogie ou l’heptalogie de vos rêves si c’est ce à quoi vous tenez vraiment. Mais je tiens à vous partager les difficultés que me pose cet exercice.

Des difficultés d'écrire un roman en deux tomes


Une histoire globale et une histoire par tome

Ce qui me plaît beaucoup, dans les sagas, c’est quand chaque tome, tout en s’inscrivant dans une intrigue globale, se suffit à lui-même. Il doit à la fois apporter les réponses aux principales questions qu’il soulève et donner envie de lire la suite.

Je trouve que c’est quelque chose que J.K. Rowling a admirablement réussi, avec ses sept tomes structurés autour des années d’étude de Harry. Chaque tome a un enjeu et un adversaire bien défini, une fin claire, tout en faisant évoluer les personnages principaux jusqu’à la bataille finale. À l’inverse, j’avais été affreusement frustrée par Black-Out, de Connie Willis, dont la fin du tome 1 ne résolvait aucun des problèmes des personnages (je n’ai jamais compris comment ce roman avait reçu autant de prix, mais bref).

En revanche, tout ça est bien plus facile à dire qu’à faire. Sur Météorites, c’est une de mes principales causes d’arrachages de cheveux. Je veux faire en sorte que chaque roman raconte une histoire bien définie et que les deux soient équilibrés, mais pour l’instant mon tome 2 est beaucoup plus faible que le premier et le fil rouge d’ensemble est plus que ténu.


Couper l’arc dramatique du protagoniste en deux

Suite logique du point précédent : le fait d’écrire un roman en deux tomes (une dilogie, pour être précise) me pose des soucis par rapport à mon héroïne. En effet, j’ai bien compris que l’intérêt d’une histoire résidait dans la transformation du personnage principal. Mais quand faut-il la faire intervenir ? Voilà une question à laquelle j’ai trouvé bien peu de réponses, que ce soit chez John Truby ou ailleurs.

Si j’attends la fin du tome 2 pour montrer cette évolution, est-ce que cela implique que mon héroïne ne doit pas changer pendant le tome 1 ? Sans doute pas. Mais alors, à quel point ? Doit-elle changer beaucoup, pour connaître ensuite un revirement, puis un autre pour compléter sa transformation ? Faut-il lui donner au départ deux faiblesses majeures, pour qu’elle en résolve une par tome ? Ou bien faut-il qu’elle achève son évolution dès la fin du tome 1, pour ne résoudre dans le tome 2 que des problèmes extérieurs ?

Là encore, je pense qu’Harry Potter, et plus généralement le genre Young Adult, permet de traiter ce problème en s’appuyant sur l’évolution en âge du protagoniste. L’adolescence et le début de l’âge adulte fourmillent de premières fois, de questionnements existentiels et de remises en question qui sont très propices à faire grandir un personnage. Malheureusement, je ne suis pas dans ce cas puisque mon héroïne a déjà la trentaine.

J’avoue n’avoir pas encore de solution à cette question et je ne suis pas tout à fait fixée sur la façon de m’y prendre. Jusqu’au mois de janvier dernier, je partais plutôt sur une amélioration assez lente de mon héroïne, avec un gros retour en arrière en début de tome 2. Mais mon éditrice m’a fait remarquer que cette version était assez frustrante et je suis plutôt d’accord. Je préférerais donc montrer sa progression assez tôt dans ce tome.

Si vous avez déjà eu à gérer ce problème, je suis très preneuse de vos conseils !


Un roman en plusieurs tomes est-il plus difficile à vendre ?

C’est un argument qu’avancent souvent les éditeurs. Bien que certaines sagas soient d’immenses succès commerciaux, ce n’est pas le cas de toutes, loin de là. Le fait d’avoir une histoire en plusieurs tomes pose plusieurs problèmes :

  • Tant que tous les tomes ne sont pas écrits et publiés, il y a un risque que les lecteurs ne connaissent jamais la fin de la saga. L’auteur peut avoir un accident ou simplement une perte d’inspiration (les lecteurs du Trône de Fer en savent quelque chose…), la maison d’édition peut fermer ou bien arrêter la série si elle n’est pas rentable. Un lecteur pourra donc être réticent à se lancer dans un roman s’il n’est pas certain d’avoir la résolution de l’intrigue
  • Tous les lecteurs n’apprécient pas les sagas. Cela dépend du public que vous allez viser, mais le lecteur moyen préfère les livres qui se lisent vite plutôt que ceux qui lui prendront des mois, voire des années
  • La qualité des différents tomes risque d’être variable. Soit l’auteur débute et s’améliore au fil du temps, mais le mauvais niveau de son premier tome aura découragé les lecteurs d’aller voir plus loin. Soit, au contraire, il ne parvient pas à tenir la promesse initiale et les lecteurs, lassés, abandonnent la série

Choisir le format d’une dilogie permet de réduire l’importance de ces problèmes, mais ils demeurent tout de même.

C’est pourquoi j’ai fait le choix d’attaquer la rédaction de mon tome 2 avant d’avoir terminé les corrections du tome 1. Si j’ai la chance de pouvoir publier cette série, je souhaite que la deuxième partie puisse être prête à sortir le plus tôt possible après la première. Et il me paraît aussi indispensable que les deux tomes soient parfaitement cohérents en termes d’intrigue, de thématique et de style.


Ecrire une dilogie, c’est écrire deux romans à la fois

Je n’écris pas vite. Rédiger un roman entier en un mois et n’avoir ensuite que quelques corrections à apporter, malheureusement, je ne sais pas faire.

Le tome 1 de Météorites a déjà été écrit, réécrit quasi-entièrement, corrigé en profondeur et relu par de nombreux bêta-lecteurs. Mais au vu de leurs retours, je suis en train de reprendre une grande partie de mes intrigues et de mon plan : j’estime que 50% du roman environ en sera affecté. Et il y aura encore des corrections à apporter ensuite.

Le fait de vouloir écrire le tome 2 en parallèle fait plus que doubler cette charge de travail (enfin, « travail », je vous rassure : ça reste mon activité préférée au monde, je veux juste dire que c’est long). Non seulement je dois écrire deux romans, mais je dois envisager chacun au regard de l’autre. Chaque personnage du tome 1 doit avoir une continuité dans le suivant et je ne veux pas introduire dans le tome 2 des choses qui sortiraient de nulle part. Donc toute modification dans un tome impacte forcément l’autre.

Forcément, se lancer dans une saga plus longue demande d’avoir dès le premier tome une vision précise d’où on veut aller et de comment atteindre cette fin. Sauf peut-être pour les auteurs Jardiniers, capables de suivre au fur et à mesure de la rédaction les pistes que leur tendent leurs personnages. Mais étant plutôt Architecte, je ne me sentirais pas du tout à l’aise si je voulais publier le premier tome d’une grande saga en n’ayant qu’une idée vague des épisodes à venir (et je pense que ça ne rassurerait pas non plus les éditeurs ^^).

Si vous êtes vous-même Architecte, ayez donc cela en tête. Ecrire un roman en plusieurs tomes décuple le temps qu’il faut passer entre l’idée initiale et sa matérialisation en livre. C’est autant de temps où votre entourage vous demandera « alors, ça avance ? » sans que vous puissiez répondre ; autant de temps où vous ne pourrez pas vous consacrer aux autres idées d’histoire qui vous viennent en tête.

Enfin, rien ne vous empêche de faire des détours, mais tout le temps que vous consacrerez à d’autres histoires retardera la finalisation de votre saga. Si vous ne vous appelez pas Jupiter Phaeton, attendez-vous à y passer deux, trois, cinq, dix ans, voire beaucoup plus !


À la sortie du quatrième et dernier tome de La Passe-Miroir, Christelle Dabos dit avoir ressenti « un mélange de mélancolie et de soulagement » (source : francetvinfo). Je pense qu’il en va de même pour la plupart des auteurs de sagas.

Ecrire un roman en deux tomes est une aventure passionnante et il est grisant de pouvoir passer autant de temps sur une même histoire, creuser ses personnages jusqu’à la moelle, explorer un univers dans ses moindres recoins (surtout quand on écrit de la fantasy). Mais il n’est pas facile d’en venir à bout et, une fois qu’on en a terminé, je crois que ça doit être bien rafraîchissant de passer à autre chose.

En ce qui me concerne, je suis heureuse de pouvoir consacrer à Météorites le temps dont cette histoire avait besoin pour mûrir… Mais j’ai hâte aussi d’explorer d’autres mondes 😉 Je pense qu’une fois mon tome 2 bouclé, si j’y parviens un jour, je laisserai les sagas de côté pour un bon moment.

Et vous, avez-vous des sagas en cours d’écriture ? Comment le vivez-vous ?


Crédits image : Geran de Klerk on Unsplash

0 commentaire pour “Des difficultés d’écrire un roman en deux tomes”

  1. J’ai un projet d’histoire actuellement et justement je me pose les mêmes questions: est ce que j’écris un gros tome et si besoin je le sépare en deux? Est ce que il vaut mieux écrire une histoire en un tome qui ne quitte pas l’intrigue principale des yeux ou justement une saga plus comme Le Trône de Fer qui permet de découvrir toute une société et tout un monde?
    Après ce n’est pas encore mon métier, je suis en Terminale alors j’ai encore du temps devant moi! 😉

    1. Je pense qu’il n’y a pas de règle absolue, tout dépend de ce qui servira le mieux ton histoire. Est-ce que tu veux te lancer dans une saga juste pour explorer un univers, ou bien est-ce que l’intrigue le justifie ?

      Bon courage dans tes réflexions 😊

  2. Hey.
    Pour rebondir sur le problème de la transformation de l’héroïne. Puisque tu as lu Truby, j’imagine que l’arc de ce personnage consiste à surmonter la faiblesse morale pour devenir une meilleure personne. Une transformation lente sur 2 tomes me paraît tout à fait possible, mais pour la mettre en évidence, tu pourrais envisager cette transformation comme une suite d’étapes : personne ne change ni ne résout ses problèmes du jour au lendemain avec juste une épreuve à surmonter. Ton héroïne va avoir besoin de se retrouver le nez dans ses problèmes à plusieurs reprises pour comprendre que ses défauts / faiblesses lui font du mal et font aussi du mal à son entourage. De plus, on peut avoir conscience d’un problème sans pour autant agir immédiatement pour le corriger. Elle peut avoir besoin de temps pour se regarder en face et décider de ce qu’elle doit changer dans sa manière d’agir pour arrêter de blesser les autres.
    Tout ça est un peu théorique, évidemment, mais l’idée, c’est de découper son arc de transformation en plusieurs étapes (au moins deux, une par tome).
    Il est possible par exemple que la faiblesse qu’on pourrait identifier dans le tome 1 soit seulement la facette la plus évidente d’une faiblesse plus profonde. Par exemple, comprendre d’abord que si le personnage se comporte de telle façon, c’est parce qu’il a en fait une mauvaise estime de lui-même ; et ensuite, d’où vient cette mauvaise estime de lui-même, et comment y remédier.
    Voilà, c’était juste une piste, et peut-être que tu y as déjà pensé x)
    Bon courage ! 🙂

  3. J’ai un peu le même problème en ce moment. J’ai trois étapes qui se dessinent nettement, et dans un premier temps, la trilogie m’a semblé assez indiquée, mais je ne suis pas certaine qu’elles se suffisent réellement à elles-mêmes ni qu’elles soient équilibrées, que ce soit en terme de contenu ou de longueur. Le seul moyen de savoir est de les écrire. Actuellement, je me dis que ce serait peut-être une meilleure solution d’en faire un seul roman, mais j’ai peur que ce soit un peu indigeste s’il y en a « trop d’un coup ».
    En tout cas, comme toi, je compte tout écrire avant de publier quoi que ce soit (enfin, proposer à un éditeur, dans mon cas, d’autant plus que je n’ai encore aucun roman à mon actif).

    1. À la base ma dilogie devait même être une trilogie ! Mais comme tu dis, les 3 phases n’étaient pas équilibrées. Où est-ce que tu en es dans ton projet, tu as commencé à écrire ?
      Je te souhaite bon courage en tout cas 🙂

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