Publication : Lutter contre le syndrome de l’imposteur

Le syndrome de l’imposteur, qu’est-ce que c’est ?

C’est cette petite voix insidieuse qui va vous dire que vous n’êtes pas à votre place, que vous avez visé trop haut, que tôt ou tard, quelqu’un va se rendre compte que vous valez moins que ce que vous prétendez et vous dénoncer.

De ma propre expérience, et sur la base de ce que j’ai pu observer chez mes amies autrices et sur Twitter, c’est un syndrome qui frappe fréquemment la communauté des auteurs (et en particulier les femmes, mais ça c’est un phénomène qui dépasse l’écriture et dont on débattra une autre fois). Le syndrome de l’imposteur peut frapper tout au long du processus d’écriture, de la première idée à la publication. Je vous propose pour aujourd’hui de nous intéresser à la phase de promotion du livre.

Ecriture et publication : lutter contre le syndrome de l'imposteur


Comment se manifeste ce syndrome ?

Par des petites réflexions intérieures anodines. « Je ne mérite pas d’être là ». « Si j’en suis là aujourd’hui, c’est surtout / ce n’est que grâce à de la chance ». « Mon roman n’est pas parfait mais j’espère qu’il vous plaira quand même ». Un manque de confiance en soi qui conduit à penser que notre travail ne vaut pas grand-chose, et que si des lecteurs daignent accorder un peu de leur temps libre pour lire ce qu’on a écrit, c’est qu’ils font vraiment preuve de bonté d’âme.

Autant vous dire que ce n’est pas un état d’esprit très vendeur.

Vous, en tant que lecteur, qu’est-ce qui va le plus vous attirer ? Quelqu’un qui tremblote en disant « Je sais que c’est pas génial mais ça me ferait très plaisir que vous lisiez mon livre » ou quelqu’un qui vous le tend avec un sourire en disant « Je pense que ça va vous plaire, allez-y, lisez-le » ?

J’imagine que vous penchez plutôt pour la situation n°2. Et pourtant beaucoup d’auteurs, notamment des auteurs débutants, ont des difficultés à « se vendre ». Ils ont presque l’impression qu’ils vont arnaquer leur lecteur s’ils leur demandent de débourser un peu d’argent pour lire leur texte. Et résultat, ils en vendent très peu.

Je vous rassure, je suis moi-même pleine de doutes et inquiète à l’idée que mon roman soit lu par plein de gens à qui il ne plaira pas forcément. Mais à force de réflexion et de conseils, j’arrive peu à peu à lutter contre cette tendance, et j’espère que mon expérience vous aidera à faire de même.

Pourquoi faut-il lutter contre le syndrome de l’imposteur ?

Comme souvent en écriture, cela dépend de vos objectifs. Si votre rêve consiste à voir votre nom sur une couverture et à faire lire votre roman seulement à un cercle de proches, après tout, ce n’est pas la peine de vous torturer plus que ça.

Moi, en y réfléchissant, je me suis rendue compte que je voulais que mon roman soit lu par un maximum de gens. Parce que j’ai récemment fait une découverte : j’ADORE écrire, et je voudrais ne faire que ça de ma vie. Si je veux en vivre, il faut que l’écriture me permette de gagner de l’argent, de payer un loyer et de faire mes courses. Donc il faut que je vende beaucoup de livres (de préférence à des lecteurs que ça intéressera, sinon ça virera en mauvaise publicité). Donc il faut que je m’adresse à tous mes lecteurs potentiels, que je leur fasse connaître mon livre, et que je leur explique pourquoi ils auraient intérêt à le lire. CQFD.

On en arrive au nœud du problème : comment donner envie à des gens, voire des inconnus, de vous lire ? Pourquoi iraient-ils dépenser de l’argent et du temps pour lire votre texte plutôt qu’un autre, plutôt que de faire la grasse matinée ou de regarder une nouvelle série ?

Pour répondre à cette question, il faut que vous soyez vous-même convaincu(e) des qualités de votre texte. Je ne dis pas qu’il faut que ce soit un chef d’oeuvre (détendez-vous, ça ne sera probablement pas le cas !). Simplement que ce soit un texte dont la lecture soit plus intéressante que de faire la sieste. Un défi plutôt correct à relever, non ? Faites l’inventaire des qualités de votre texte. Ce que vous avez le plus apprécié en écrivant ou bien ce que vos bêta-lecteurs / votre éditeur (ou éditrice) a aimé. Ça peut être votre style, votre univers, vos personnages, quelques descriptions qui font voyager, des scènes d’action qui tiennent si bien en haleine qu’on tourne les pages sans voir le temps passer… Peu importe, il y a forcément quelque chose. C’est cela que vous devrez mettre en avant auprès de vos lecteurs.

(Et si vraiment vous n’aimez rien, eh bien retournez travailler votre texte, petit paresseux !)

Ne décidez pas à la place du lecteur s’il va aimer votre livre ou non

Cette phrase est importante alors je la répète : Ne décidez pas à la place du lecteur s’il va aimer votre livre ou non.

Finalement, tout tient à ça.

La rencontre entre un lecteur et un livre, c’est un peu comme une histoire d’amour, ça peut être complètement imprévu ! Là encore je vous renvoie à votre propre expérience de lecteur : il y a sûrement certains livres que vous adorez alors que vos amis n’ont pas du tout accroché. On ne peut jamais prédire à 100% ce qui va plaire ou déplaire à un lecteur. Parfois on aime tellement le personnage principal qu’on en oublie le décor un peu pauvre, ou bien on s’intéresse tellement au contexte de cette dystopie futuriste qu’on se moque bien que le style ne soit pas très reluisant. Parfois on va trouver une phrase ou une scène qui résonne parfaitement avec nos émotions de ce jour-là, et ça suffit. Parfois on va refermer le livre sans avoir de coup de cœur mais en ayant passé un bon moment, et ça suffit.

Ne brisez pas cette histoire d’amour en devenir. Laissez votre livre rencontrez ses lecteurs.

Un défaut récurrent chez les autrices, blogueuses, et créatrices en général (je mets au féminin car les femmes sont plus touchées, même si ça peut concerner tout le monde), c’est la tendance à se rabaisser, parfois sans même en avoir conscience. Pour l’anecdote, j’avais une fois reçu un email mécontent mais gentil de l’auteur Eric Galland (du blog « Ecrire un roman » dont je vous ai parlé) qui, après avoir lu un de mes articles où je présentais mon roman, regrettait de m’y voir déborder d’humilité 😉 Sans m’en rendre compte, j’avais utilisé beaucoup de tournures du type « bon, ça ce n’était pas l’idée du siècle » ou « ce passage n’est pas terrible mais je l’aime bien », etc.

Pour reprendre ses paroles inspirantes : « Quand on invite quelqu’un, on évite de lui montrer la poussière sous le tapis ». Votre roman n’est peut-être pas parfait, on s’en fiche. Si c’est le cas, le lecteur s’en rendra compte tout seul comme un grand. Et dans le cas contraire, quel dommage de démarrer sur une mauvaise impression !

Soyez bien sûr honnête : expliquez quel est le genre du roman, à quel public vous pensez qu’il s’adresse en priorité, s’il y a des caractéristiques particulières qui peuvent freiner ou attirer certains lecteurs. Pour Le Page de l’Aurore, par exemple, je sais pertinemment que certaines personnes adorent s’évader dans un univers imaginaire alors que d’autres détestent ça. Le fait que mon héros soit très jeune peut aussi en rebuter certains. J’ai essayé d’être transparente sur ces points quand j’ai présenté le livre. Mais j’ai aussi mis en avant les choses que je trouvais chouettes, et même celles dont (oui, j’ose le dire) je suis fière. Parce qu’en tant que lectrice, ce sont des traits qui vont me donner envie de lire un livre. Alors pourquoi les cacher ?

Osez vous mettre en avant

On en revient à la terrible question de « se vendre », qui fait si peur et qui rappelle les entretiens d’embauche. Mais je vais vous rassurer tout de suite : il n’est pas question de vous vendre. Seulement de vendre votre roman. C’est-à-dire permettre à tous les lecteurs qu’il pourrait potentiellement intéresser de le découvrir.

Quand votre livre sort, si vous n’avez pas la chance d’être épaulé par une grosse maison d’édition qui a d’important moyens de communications, vous avez un travail important à faire de votre côté pour faire connaître votre roman. Pour ma part, même si ça heurtait un peu ma modestie et ma timidité, j’y suis allée à la truelle : Facebook, Twitter, Instagram, articles de blog, newsletter, site d’autrice… Mais pas seulement !

J’ai la chance d’avoir une famille nombreuse à laquelle je suis très attachée : j’ai envoyé un email à près d’une centaine de cousins, oncles, tantes, petits cousins, pièces rapportées etc. Ce n’était pas évident d’envoyer ce message où j’avais la sensation de me mettre en avant de façon un peu prétentieuse. Je me suis efforcée d’être le plus sobre possible, de me concentrer sur l’information « j’ai publié un livre et voici de quoi il parle » plutôt que de dire « achetez-le s’il vous plaît ! »… et je me suis aussi dit que c’était une belle occasion pour reprendre contact avec des personnes que j’aime mais que je ne vois pas très souvent.

J’ai aussi envoyé un message sur le réseau social interne de mon entreprise. Là aussi, c’était intimidant : ce n’est pas le genre de messages qui sont souvent envoyés. Mais finalement, tant qu’on ne se met pas dans une démarche de vente agressive, ça ne mange pas de pain. Les personnes que ça n’intéresse pas n’y ont pas fait attention, en revanche quelques autres ont commandé directement le livre, ce qui m’a fait énormément plaisir ! Et si je me mets à leur place, je trouve ça plutôt sympa de savoir que ses collègues ont des passions particulières. Ça permet de mieux les connaître et ça fait des nouveaux sujets de discussion.

Comme je l’avais indiqué dans mon vieil article sur « Faire son coming-out d’écrivain« , je sais que j’ai de la chance d’avoir un entourage aussi bienveillant, et que ce n’est pas le cas de tout le monde.

.Mais je suis sûre que chaque auteur a dans ses connaissances au moins une personne qui peut, sans qu’il ou elle le sache, s’intéresser à ses écrits. Et ce serait bien dommage de passer à côté. Alors n’hésitez plus !

Et faites confiance à la sagesse de Jean-Claude Dusse.

On sait jamais sur un malentendu ça peut marcher

Les Bronzés font du ski

Crédits image : Madeinitaly from Pixabay

0 commentaire pour “Publication : Lutter contre le syndrome de l’imposteur”

  1. Pour moi qui ne souffre pas du syndrome de l’imposteur, parce que je suis vieux et que j’ai du recul par rapport à mes défauts et mes qualités, j’ai tout de même trouvé cet article très intéressant par son orientation constructive et sa vision très saine de la promotion d’un roman par son auteur. Merci !

    1. Tu m’en vois ravie ! C’est vrai qu’avec le temps on en vient à mieux se connaître, et à moins se soucier de ce que pensent les autres. Heureusement 🙂

  2. Je fais complètement partie du lot ! Voire même jusqu à me bloquer dans l’écriture… (donc la promotion du roman c’est encore loin pour moi mais qui sait…)
    J ai vécu récemment sur un salon littéraire, cette situation où l’auteur a tellement peu confiance en lui / son roman que c’en est gênant et ne donne pas vraiment envie de sauter le pas (sauf par pitié, ce qui n est pas mieux ).
    Effectivement, il ne faut pas montrer la poussière sous le tapis c’est très bizarre en tant que lecteur ^^
    Enfin, je te trouve extrêmement courageuse d’avoir informé ton réseau pro et perso! Ça rejoint probablement le coming-out ^^ en tout cas je ne serais pas vraiment à l’aise avec ça. Pas envie de mélanger sphère privée et sphère d’écriture (sauf quelques exceptions évidemment ).

    Voilà j’ai trouvé cet article très intéressant ! Encore une fois 😉
    A bientôt 😊

    1. Merci beaucoup ☺️☺️ en fait par rapport à mes proches et mon boulot, l’écriture est devenue tellement importante dans ma vie aujourd’hui que je suis incapable de ne pas en parler dès qu’on me pose des questions un peu personnelles. Du coup, plusieurs personnes savaient déjà que j’écrivais, ce qui limitait l’effet « Coming out brutal »

  3. Merci pour cet article ! En fait, c’est en grande partie à cause du syndrome de l’imposteur que j’aimerais absolument publier d’abord via une maison d’édition. J’espère que le fait d’être choisie par des professionnel(les) me donne un peu de confiance dans mon écriture… Bon, encore faut-il effectivement trouver une maison d’édition, mais c’est une autre question^^.
    Et si un jour j’y arrive, je pense qu’il faudra que je me surveille (je me suis déjà fait engueuler par un prof en simulation d’entretien d’embauche parce que justement j’avais tendance à diminuer mes expériences^^).
    Une tactique pourrait être de ne pas se concentrer sur l’aspect « se vendre soi-même » (ce qui est compliqué pour beaucoup de gens), mais de laisser parler son enthousiasme pour le genre, le sujets, les personnages, etc. Au final, si on a écrit un livre, c’est parce qu’on était suffisamment passionné(e) par ce projet pour passer des centaines d’heures dessus, et je pense que de laisser parler cette passion-là peut aider, au moins à présenter de manière attractive son propre roman (ou toute autre création artistique^^)…
    Et tu peux être fière de ton travail, aucun doute là-dessus^^

    1. Merci ☺️ et oui, je pense que tu as tout à fait raison ! Finalement le plus simple c’est de raconter notre histoire (et a priori raconter des histoires c’est notre truc) : comment on s’est mis à écrire, pourquoi, qu’est-ce qui nous a inspiré, comment on s’est lancé dans la publication, etc.

  4. C’est clair que beaucoup d’auteurs (et en effet beaucoup d’autrices, mais comme tu le dis c’est un autre débat) sont très maladroit(e)s dans leur communication. Il ne s’agit même pas de « savoir se vendre », il s’agit seulement d’arrêter de se comporter comme si on vous faisait la plus immense faveur du monde en lisant votre livre. J’approuve fortement cet article, et mieux vaut se forcer à bannir de ses messages/publications/tweet ces petites phrases qui semblent anodines mais qui pourtant vous assassinent : « J’espère que ça va vous plaire », « Ouhlala j’ai la pression ! », « Je suis terrifié(e) », « Je suis auteur débutant/aspirant auteur/futur auteur/bébé auteur ». Idem quand quelqu’un fait une chronique de votre livre ou un bon commentaire : remercier les gens c’est de la politesse élémentaire, mais utiliser des smileys qui pleurent de joie ou des messages hautement mélodramatiques (du genre « Ohlala je suis tellement touché je suis en PLS ! »), ça ne donne vraiment pas une bonne image de vous. Ne vous comportez pas comme un enfant de six ans qu’on emmène à eurodisney : respectez-vous, prenez l’écriture au sérieux, et vous verrez que naturellement les autres vous respecterons aussi.
    🙂

  5. C’est vrai que l’on en avait un peu parler, il me semble, sur le fait que c’est difficile de dire que l’on est auteur, surtout lorsque l’on attend depuis un moment la publication de son roman – le truc qui met bien la pression mais tu sais de quoi je parle ^^.
    Se vendre ce n’est pas évident, c’est même tout le contraire, puisque dans notre société on nous apprend dès l’enfance à ne pas se mettre trop en avant, à rester à notre place – ce n’est pas que moi qui le dit mais ce que j’ai lu dans plusieurs livres de développement personnel – alors se vendre c’est compliqué, du moins au début. Pour ma part, plus je fais de sorties plus je prends confiance en moi et je pense que le fait de se détacher du regard des gens et du qu’en-dira-t-on aide à dépasser le manque d’assurance.

    En revanche, il faut faire attention à ne pas tomber dans l’extrême inverse et avoir « trop » de confiance et d’assurance. J’ai vécu dans une famille où l’on m’a enseigné les techniques des vendeurs et les biens faits de la confiance en soi pour faire acheter les clients, du coup quelqu’un qui a trop confiance en lui pour moi c’est juste un « arnaqueur » et souvent c’est le cas. Donc avoir confiance oui, surjouer la confiance clairement pas. J’ai d’ailleurs eu le cas d’un auteur qui était commercial de métier et qui vendait ses livres comme il avait vendu ses voitures de luxe quelques années auparavant. Au bout de dix minutes, j’avais envie de l’étouffer avec ses exemplaires et j’ai dû le supporter une semaine, quant aux clients, ils prenaient tous ses romans, les faisaient dédicacer et comme ils ne payaient qu’après avoir fait le tour du magasin, j’ai pu me rendre compte que beaucoup de livres terminaient pitoyablement dans les rayons quand les gens se rendaient compte qu’ils sentaient s’être fait avoir par un beau parleur. La semaine suivante, nous avions eu une autrice, un peu plus dans la modestie, confiante en elle certes, mais pas rente dedans, pas dans l’excès et finalement, elle est parvenue à vendre tous ses livres sans « oublis » dans les rayons. Elle était plus discrète, moins dans la surenchère, donc moins de gens venaient vers sa table, mais au final elle a vendu plus de livres, alors que les deux livres étaient du même genre littéraire. Parfois, il faut juste savoir doser entre la confiance et le bavardage.

    1. Ah oui c’est clair que la version vendeur agressif est très désagréable aussi ! Mais heureusement pour l’instant je connais peu de personnes dont c’est le cas

  6. tramesetencrage

    Merci beaucoup pour toutes ces solutions concrètes ! Je trouve cet article passionnant, merci de partager ton expérience avec nous (d’ailleurs, les nouveaux titres de tes sections du blog et du site d’autrice font très pro ! )

    Se libérer du syndrome de l’imposteur requière un véritable travail sur soi, mais comme tout comportement, on peut agir de manière positive dessus. Comme le soutient Amy Cuddy : « Fake it until you make it ! ». En ajoutant à ce mantra quelques affirmations et beaucoup d’acceptation (que la critique sincère est inévitable, entre autre), peut-être y devient-on un peu moins sensible avec le temps… ^^

    1. Ce qui est drôle c’est qu’après avoir écrit cet article, j’ai reçu une critique négative et j’ai passé 48h à me remettre en question 😅 c’est vraiment un travail de longue haleine ! Mais le temps et les amis (objectifs mais bienveillants) aident beaucoup 🙂

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