L’écriture zéro déchet

Comment alléger son écriture ? Comment faire mieux avec moins ?

Il y a quelques mois, je me suis plongée dans le livre Zéro déchet de Béa Johnson, et j’ai été très intéressée par sa méthode. L’objectif annoncé est « d’alléger sa vie », de réduire sa consommation de biens matériels et de mieux se satisfaire de ce qu’on a déjà. Cela passe par une démarche en 5 étapes : Refuser, Réduire, Réutiliser, Recycler, Composter. J’ai commencé (doucement) à appliquer ces règles dans ma vie personnelle et j’en ai beaucoup apprécié les résultats.

Mais trier les tiroirs de sa salle de bain c’est une chose, et écrire c’en est une autre. Est-ce que la philosophie Zéro Déchet peut s’appliquer à l’écriture ? Comment mettre en œuvre ces conseils ? C’est ce que je vous propose de découvrir dans cet article.

L'écriture zéro déchet

 

  1. Refuser (ce dont nous n’avons pas besoin)

La première étape du Zéro Déchet consiste à refuser tous les petits « cadeaux » inutiles qui encombrent notre quotidien (les serviettes en papier et les sachets de sucre avec le café, par exemple, les stylos d’entreprise, les sacs plastiques, les mini-shampoings dans les hôtels, etc.).

En ce qui concerne l’écriture, refuser est un mot très fort. Refuser purement et simplement d’employer certains mots, certaines tournures, certaines constructions sans accepter un seul cas où ils pourraient être légitimes à petite dose, c’est rude.

Je me tourne donc vers l’autrice Jenna Moreci qui, à travers ses vidéos marrantes, a des idées très claires sur les choses que les écrivains ne doivent pas faire s’ils espèrent vendre leurs livres un jour, comme :

  • Dénigrer ses propres histoires en public (difficile ensuite de convaincre un lecteur d’acheter votre livre …)
  • Ne faire aucune recherche sur l’industrie du livre
  • Faire ses propres couvertures (quand on n’est pas professionnel)
  • Se plaindre publiquement des mauvais commentaires
  • Se passer de bêta-lecteurs et de correcteur
  • Attendre que le livre soit sorti pour en faire la promotion

 

Et si on voulait vraiment bannir certains clichés de l’écriture elle-même, un certain nombre de choses m’exaspèrent (les personnages féminins stéréotypés, les Elus qui sauvent le monde à cause d’une Prophétie, etc.), mais sans doute aucune autant que le passé simple dans les dialogues.

Ne faites pas ça. Jamais.

 

  1. Réduire (ce dont nous avons besoin et que nous ne pouvons pas refuser)

Réduire est la deuxième étape, celle qui permet de passer à une style de vie radicalement plus simple. Cela passe par une évaluation de sa consommation passée, de tout ce qu’on a déjà acquis et qu’on n’utilise pas ou peu. Faire le vide pour mieux apprécier ce qui reste. Au-delà des achats en eux-mêmes, on peut aussi réduire ses emballages, limiter les transports polluants, ou carrément réduire la taille de son habitation (conseil qui fera rire jaune les Parisiens).

Que peut-on réduire en écriture ? Plein de choses ! Il ne s’agit plus de refuser en bloc mais d’examiner soigneusement son texte pour éliminer les mauvaises herbes. Là où ça devient intéressant c’est que, en écriture aussi, réduire permet de se concentrer sur l’essentiel et de trouver un style unique. Par exemple :

  • Réduire les adverbes : un conseil donné notamment par Stephen King
  • Réduire les adjectifs : je vous en parlais au sujet de mes corrections du Page de l’Aurore, j’ai tendance à utiliser 2 adjectifs quand un seul suffirait

  • Réduire les verbes faibles : à ce sujet, je vous renvoie à la très bonne vidéo d’Eric Galland sur l’amélioration des verbes. Elle montre, avec des exemples concrets, comment l’usage de verbes expressifs (pas forcément compliqués, notez) peut transformer une phrase
  • Réduire la longueur des phrases : là encore, c’est un travail que j’ai fait sur mon texte avec Antidote et dont les effets étaient très positifs

 

  1. Réutiliser (ce que nous consommons et que nous ne pouvons ni consommer ni réduire)

Le principe de la réutilisation consiste à prolonger la durée de vie de ce qu’on consomme pour atténuer l’épuisement des ressources. En pratique, il s’agit d’acheter d’occasion, de réparer ses affaires abîmées, ou de transformer un pot de moutarde en gobelet.

Pour appliquer cette règle à l’écriture, il ne s’agit pas de réutiliser des textes, mais plutôt des conseils. Ecrire est un exercice difficile, et il est encore plus compliqué de s’y retrouver dans la myriade de conseils d’écriture qu’on découvre quand on commence à s’intéresser au sujet. Je pense qu’il vaut mieux identifier quelques recommandations précises liées à ses points faibles et les mettre en pratique en boucle.

Beaucoup de conseils sont donnés gratuitement sur internet, alors servez-vous et resservez-vous. Notez les conseils qui vous parlent, ceux que vous avez envie d’appliquer, pour les garder en mémoire. Enregistrez les pages web dans vos favoris, relisez les articles, revoyez les vidéos. Imprégnez-vous des conseils et essayez de les appliquer toutes les fois que la situation s’y prête. Vous ne ferez pas les choses parfaitement la première fois, mais si vous réutilisez les conseils les plus importants à chaque fois que vous écrivez, ils deviendront des réflexes.

Vous n’aurez plus à y réfléchir : les erreurs vous sauteront aux yeux.

 

  1. Recycler (ce que nous ne pouvons ni refuser, ni réduire, ni réutiliser)

L’étape du recyclage ne doit intervenir qu’après toutes les précédentes, car peu de produits sont entièrement recyclables, et l’opération nécessite de l’énergie dans tous les cas. Il s’agit de déstructurer un produit pour en extraire les parties utiles et les réemployer individuellement.

En écriture, cependant, c’est un conseil qu’on pourrait rendre plus prioritaire et résumer à « Lire« . Lire d’autres textes est extrêmement important. Bien sûr, je ne parle pas ici de plagiat mais d’analyse. Lire est une des meilleures façons de trouver l’inspiration et de se rendre compte de ce qui fonctionne, ou pas.

Lisez des romans pour étudier la composition d’une intrigue, lisez des biographies pour rencontrer des personnages hauts en couleurs, lisez des essais pour appuyer les thèmes que vous développez dans vos écrits. Lisez des auteurs que vous ne connaissez pas et des genres dont vous n’avez pas l’habitude pour découvrir d’autres styles et vous échapper des clichés. Élargissez votre vocabulaire. Lisez même des livres médiocres, et notez tout ce que vous ne voudriez surtout pas retrouver dans les vôtres. Relisez aussi vos anciens textes pour retrouver des idées que vous aimeriez à nouveau approfondir.

D’ailleurs, se relire et revenir sur sa progression est la composante essentielle de la dernière étape : composter.

 

  1. Composter (le reste)

Le compostage consiste à laisser les déchets organiques se décomposer et rendre leurs nutriments à la terre. Les produits ont été consommés, il n’en reste que la peau, les pépins, les épluchures. Ce qu’on prenait auparavant pour de simples déchets a encore de l’utilité, pourvu qu’on laisse assez de temps s’écouler.

Pour un écrivain, le temps est une dimension incontournable. C’est si long d’écrire un livre. Construire l’histoire, la rédiger, la relire, la corriger, la réécrire, l’éditer, la publier, la vendre … Le processus est une affaire de patience et, si tout va bien, d’éternel recommencement. Et la plupart des écrivains reconnaîtront que chaque livre les a fait progresser ou, au moins, évoluer. C’est un apprentissage constant.

Vous avez écrit de mauvais textes et vous en écrirez encore. Ce n’est pas grave, compostez-les. Gardez vos erreurs en mémoire, soyez attentifs à vos principaux défauts, cherchez les moyens de vous améliorer. On ne peut progresser qu’à partir du moment où on se reconnaît comme imparfait.

Vous n’êtes pas à l’aise avec les dialogues ? Dites-les à voix haute pour voir si l’effet est naturel, ou espionnez les conversations des gens autour de vous pour noter des tournures de phrase. Vous avez du mal à structurer votre intrigue ? Étudiez les structures classiques (comme celles des contes, ou le voyage du héros), et faites l’exercice d’inventer de petites histoires pour les appliquer.

Testez de nouvelles choses. Au pire vous vous tromperez, et vous y perdrez peut-être un peu de temps, mais ça fera une expérience de plus à ajouter à votre compost.

 


 

Vous avez maintenant toutes les armes en main pour passer à une écriture (voire une vie) Zéro Déchet ! N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé 🙂

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Crédits image : Steve Johnson on Unsplash

0 commentaire pour “L’écriture zéro déchet”

  1. Haha! J’ai eu une idée similaire pour un article (que je n’écrirai pas avant plusieurs semaines), mais en lisant ton billet, je réalise qu’en réalité ils ne sont pas si similaires. C’est très intéressant et très utile, bravo !

  2. Retour de ping : Tous mes articles – L'Astre et la Plume

  3. C’est marrant, parce que j’ai regardé quelques épisodes de l’émission de Marie Kondo récemment et je me suis fait la réflexion que j’appliquais déjà certains de ses conseils à l’écriture, en particulier lors de la phase de correction : ne garder que le nécessaire et ce qui « inspire la joie ». Ce n’est pas tout à fait le même sujet, mais c’est clairement le même courant d’inspiration…
    Merci pour cet article !

  4. Très bon article, super intéressant ! pour ma phase de « réduction », j’avais aussi vu « supprimer 10% de son roman », qui avait eu pas mal d’impact sur moi, même si je trouve la méthode plutôt radicale !
    Mais je vois l’idée, étant adepte du minimalisme dans la vie, je me vois bien appliquer ses principes à l’écriture. Faire le tri, choisir ce que l’on aime le plus, jeter ce que l’on aime pas, même si ça marche …
    Le minimalisme ne s’applique d’ailleurs pas qu’aux objets, je recommande grandement de l’appliquer : aux relations, aux films et livres, aux hobbies, aux réseaux sociaux…
    Less is more !
    Au plaisir de te lire !
    (Pour info mon blog grassforpillow mêle écriture et vie plus simple/minimalisme!)

  5. Je ne m’attendais pas du tout à ça en lisant cet article. Je pensais que tu allais parler de « comment économiser du papier! »
    Je trouve cet article tellement intéressant et juste ! Et ça m’a permis de redécouvrir Jenna Moreci qui a très (trop) longtemps été mon gourou.

  6. Je n’avais jamais fait le rapprochement entre le minimalisme physique et le minimalisme dans l’écriture. Merci !
    Maintenant que c’est fait, je me dis que ça ne peut qu’être bénéfique pour les journées brouillées. Des moments où on n’arrive pas à sortir des phrases pertinentes. Il faut se rappeler de faire le tri et le vide afin de trouver l’Essence des mots et des écrits.

  7. Retour de ping : Mes chaînes YouTube préférées – L'Astre et la Plume

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